Quel est le bilan carbone de la trottinette électrique ?
Article mis à jour le 15 octobre 2026
Une trottinette électrique personnelle émet de l'ordre de 30 à 60 g de CO₂e par km, nettement moins que la trottinette en libre-service (105 à 131 g par passager). Le verdict est net : écologique face à une voiture seule, plus émettrice que la marche ou le vélo. Presque tous les chiffres publiés concernent les flottes partagées, alors que vous achetez la vôtre ; ils datent de 2019 à 2022 et valent comme ordres de grandeur. Voici les grammes par km, ce qui les fait varier et comment les faire baisser.
D'où viennent les émissions d'une trottinette électrique
Quatre postes expliquent le bilan d'une trottinette électrique, et leur poids varie fortement entre un modèle partagé et un modèle que l'on possède.
La fabrication, aluminium et batterie en tête
La fabrication représente 50 à 60 % du bilan d'une trottinette partagée et domine pour une trottinette personnelle. Jusqu'à 79 % des émissions viennent de la production lorsque l'engin est fabriqué en Chine. Une trottinette type d'environ 15 kg, soit moins d'un centième du poids d'une voiture, se compose de 6,0 kg d'aluminium, 1,4 kg d'acier, 1,2 kg de batterie lithium-ion, 1,2 kg de moteur et 0,83 kg de pneus à chambre à air. L'aluminium recyclé émet 14 fois moins de CO₂ par kg que l'aluminium primaire.
La collecte en camion, un poste propre au libre-service
La tournée de collecte et de recharge pèse 37 à 43 % du bilan d'une flotte, jusqu'à la moitié de l'empreinte dans les scénarios les plus défavorables, à cause des camions. Ce poste explique l'écart entre les 105 g et plus par km du libre-service et les 30 à 60 g de la trottinette que l'on possède : un particulier la recharge chez lui et n'a aucun camion à faire circuler.
La recharge, un poste marginal avec l'électricité française
La recharge ne pèse que 4,7 % du bilan d'une trottinette partagée avec un mix électrique américain. La part est encore plus faible en France, grâce à une électricité peu carbonée. Cela tient à une consommation modeste, de 10 à 20 Wh par km, qui laisse la fabrication loin devant dans le total.
La durée de vie, le levier qui fait baisser les grammes par km
Le calcul se fait en trois étapes : les émissions de fabrication, divisées par les kilomètres parcourus, auxquelles on ajoute la recharge. À fabrication constante, doubler les kilomètres divise environ par deux la part de la fabrication, d'où 62 g par km avec la durée de vie la plus courte contre 31 g avec la plus longue. Un usage quotidien de 20 km par jour (aller-retour) donne 1,5 à 3 ans de durée de vie, pour une batterie de 500 à 1 000 cycles de recharge. À l'inverse, une flotte de première génération a tenu 28,8 jours en moyenne à Louisville, alors qu'il faut 9,5 mois d'usage pour amortir le bilan face aux modes remplacés, contre environ 7,5 mois de durée réelle.
Trottinette, vélo, bus, métro et voiture, le bilan mode par mode
Le même kilomètre n'émet pas la même quantité de CO₂e selon le mode choisi, et l'écart entre la trottinette personnelle et la trottinette partagée est lui-même considérable.
Le classement par mode de transport en g de CO₂e par km
| Mode | g de CO₂e par passager et par km | Remarque |
|---|---|---|
| Vélo personnel | 10 à 15 | Environ 10 fois moins qu'une trottinette partagée |
| Bus électrique | 21,7 | Transport collectif |
| Trottinette personnelle | 30 à 60 | Selon la durée de vie |
| Bus hybride | Environ 74 | Transport collectif |
| Trottinette en libre-service | 105 à 131 | Selon le périmètre de calcul |
| Voiture à trois occupants | 111 | Trajet partagé |
| Voiture seule | 253 | Le plus émetteur |
Le métro reste en dessous : la trottinette partagée émet environ 6 fois plus de CO₂e par km que lui.
Pour garder ce tableau lisible, les grammes par passager et par km ne se comparent pas aux grammes par véhicule-km. Une voiture thermique émet 218 g par véhicule-km et une voiture électrique 103 g, pour un taux d'occupation moyen de 1,2 personne.
Ce que la trottinette remplace change le résultat
Le résultat net dépend du trajet remplacé. À Paris, 60 % des trajets en libre-service remplacent le métro ou le RER, 22 % le vélo ou la marche et seulement 7 % la voiture ou le taxi. Dans l'enquête sur trois villes, 44 % des usagers auraient marché, 12 % pris le vélo et 30 % les transports en commun. Dans une ville américaine, en revanche, 50 % des trajets remplacent la voiture et 37 % la marche.
La règle est simple : le bilan s'améliore uniquement quand la trottinette remplace un trajet en voiture ; remplacer la marche ou le vélo ajoute des émissions. En France, la moitié de l'usage est récréatif, alors que 70 % des trajets domicile-travail de moins de 5 km se font en voiture. Enfin, 23 % des utilisateurs de trottinette personnelle la combinent avec les transports en commun, ce qui la rend pertinente pour le dernier kilomètre.
Les erreurs de lecture qui faussent le bilan carbone
- Retenir 2,4 g de CO₂e par km : cette valeur ne couvre que la recharge et ignore la fabrication, donc elle donne une image trompeuse. Gardez plutôt la fourchette de 30 à 60 g par km.
- Mélanger passager-km et véhicule-km : comparer les grammes par passager d'une trottinette ou d'un bus aux 218 g d'une voiture thermique ou aux 103 g d'une voiture électrique par véhicule-km fausse le classement. Comparez toujours dans la même unité.
- Appliquer 28,8 jours de durée de vie à sa trottinette : cette durée vient d'une flotte partagée de première génération, alors qu'une trottinette personnelle dure des années. Utilisez la durée de vie de votre propre usage.
- Reprendre les CO₂ évités des opérateurs : ces chiffres sont calculés sans contrôle indépendant. Lisez-les comme des déclarations, pas comme des mesures.
- Ignorer l'ancienneté des chiffres : les valeurs disponibles datent de 2019 à 2022, et batteries comme flottes ont évolué depuis. Lisez tout chiffre comme un ordre de grandeur.
La fabrication pèse le plus dans le bilan, et le seul moyen de la diluer est de rouler longtemps. Visez au moins 2 ans : une trottinette partagée qui dure 2 ans avec une collecte optimisée tombe à environ 30 g de CO₂e par km. En usage quotidien de 20 km par jour, une batterie de 500 à 1 000 cycles tient 1,5 à 3 ans ; un entretien courant et la réparation permettent d'y arriver.
Garder sa trottinette longtemps et la faire réparer
Ménagez la batterie, remplacez les pièces d'usure plutôt que l'engin entier, et faites réparer avant de racheter. Chaque kilomètre supplémentaire dilue les émissions de fabrication.
Choisir un modèle robuste à batterie remplaçable
Nous recommandons un modèle robuste dont la batterie se remplace et dont les pièces se trouvent : une batterie lithium dure 3 à 5 ans, tandis qu'une structure en aluminium dure plus longtemps. Parmi les meilleures trottinettes électriques, privilégiez aussi la part d'aluminium recyclé, qui émet 14 fois moins de CO₂ par kg que l'aluminium primaire.
Notre verdict : bien choisie, gardée plusieurs années et utilisée à la place de la voiture, la trottinette est un moyen de déplacement à faible empreinte ; utilisée à la place de la marche, elle ajoute des émissions.
Questions fréquentes
Fin de vie de la batterie, retrait des flottes à Paris et consommation d'énergie, les trois questions qui reviennent le plus sur l'impact d'une trottinette électrique.
Que devient la batterie en fin de vie ? Est-elle recyclée ?
La batterie lithium-ion (1,2 kg sur 15 kg) relève de la filière des déchets d'équipements électriques ; elle contient du nickel et des terres rares, et son recyclage n'est pas standardisé. Déposez-la en point de collecte ou chez le distributeur : abandonnée dans l'eau ou la nature, elle se corrode.
Pourquoi Paris a-t-il interdit les trottinettes en libre-service ?
La votation du 2 avril 2023 a conduit au retrait des flottes partagées au plus tard le 1er septembre 2023. La mesure vise les seules flottes partagées, au bilan lourd (durée de vie courte, collecte en camion pour 37 à 43 %). La trottinette personnelle reste hors de cette mesure.
Combien consomme une trottinette électrique, et combien coûte la recharge ?
La consommation d'une trottinette électrique est de 10 à 20 Wh par km, soit 0,1 à 0,2 kWh pour 10 km, avec une batterie d'environ 350 Wh pour une vingtaine de km. Le coût de recharge est très faible, une fraction de celui d'un trajet en voiture, et la recharge pèse peu dans le bilan carbone en France.